Repérer les situations de violences au sein du couple
Les violences au sein du couple sont souvent difficiles à identifier, car elles restent largement invisibles et les victimes en parlent rarement spontanément.
Pourtant, certains signes peuvent alerter les professionnel·les : comportements inhabituels, manifestations émotionnelles chez les enfants, tensions dans les relations familiales.
Repérer ces signaux permet d’ouvrir le dialogue, de mieux comprendre la situation et d’orienter les personnes concernées vers les ressources et les dispositifs adaptés.

Reconnaître
Des signes qui peuvent alerter
Les violences au sein du couple ne sont pas toujours visibles directement. Toutefois, certains comportements ou situations peuvent constituer des signaux d’alerte pour les professionnel·les.

Signes chez le parent victime
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peur ou anxiété en présence du partenaire
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discours minimisant ou justifiant les violences
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blessures inexpliquées ou explications contradictoires
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isolement social ou rupture avec l’entourage
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difficultés financières liées à un contrôle du partenaire
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retard ou absence aux rendez-vous par crainte du conjoint
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signes de dépression, dissociation ou éléments psychotraumatiques
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faible estime de soi, manque de confiance dans ses compétences parentales
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difficulté à prendre des décisions ou à s'affirmer en présence du partenaire
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enfant utilisé comme intermédiaire ou messager entre les deux parents
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discussions éducatives qui semblent source de tension ou de danger

Signes chez l'enfant / adolescent·e
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anxiété importante ou peur excessive
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troubles du sommeil ou cauchemars
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agressivité ou colère inhabituelle
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repli sur soi ou isolement
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difficultés scolaires ou de concentration
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hypervigilance face aux tensions familiales
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symptômes de stress post-traumatique (SSPT)
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dépression ou pleurs inexpliqués
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sentiments de honte, de culpabilité ou d'impuissance
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manque d'estime de soi
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absentéisme scolaire
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conduites à risques : abus d'alcool, de drogues
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dépendance affective excessive dans les relations amoureuses ou amicales
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violences à l'égard des autres ou des personnes fréquentées
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convictions stéréotypées sur le rôle des femmes et des hommes
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idées suicidaires pouvant aller jusqu'au passage à l'acte
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fugue

Signes dans le lien parents-enfants
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tensions permanentes dans les interactions familiales
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peur manifeste de l’enfant envers un parent
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enfant pris dans un conflit de loyauté
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parentification de l’enfant (l’enfant protège ou rassure le parent victime)
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contrôle important exercé par le parent violent
Un signe isolé ne suffit pas toujours.
C’est souvent l’accumulation de plusieurs signes ou leur répétition dans le temps qui doit alerter les professionnel·les.
Focus
Repérer les signes chez l'enfant et l'adolescent·e
Les enfants exposés aux violences au sein du couple présentent fréquemment des signes de souffrance, parfois visibles, parfois plus discrets. Même quand iels ne sont pas la cible directe des violences, les enfants en sont impacté·es. Cette exposition impacte leur développement émotionnel, leur comportement et leur capacité à comprendre et réguler leurs émotions.
Ces impacts peuvent prendre des formes variées de symptômes post-traumatiques : troubles émotionnels, difficultés relationnelles, comportements inhabituels,etc. Face à ces signes, il est essentiel pour les professionnel·les d’envisager l’hypothèse d’une exposition aux violences au sein du couple.

Reconnaître les signes spécifiques selon l’âge de l’enfant
Les manifestations des violences vécues varient selon l'âge de l'enfant. Ces repères sont des outils précieux pour mieux repérer et accompagner.
In utero
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Stress maternel élevé
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Impact direct sur le fœtus
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Risque de fausse couche
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Naissance prématurée
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Faible poids de naissance
0-3 ans
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Attachement insécure
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Hyperréactivité aux stimuli
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Peur et insécurité
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Difficultés de régulation émotionnelle
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Inhibition de l’exploration
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Retard dans l’autonomie
3-6 ans
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Agitation ou inhibition
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Difficultés à exprimer les émotions
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Troubles de l’attachement
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Isolement / repli sur soi
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Régressions (langage, propreté…)
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Forte dépendance au parent victime
7-10 ans
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Recherche de sens face à la violence
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Confusion entre bien et mal
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Justification ou banalisation de la violence
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Prise de position (victime / auteur·rice)
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Intervention dans les conflits
11-14 ans
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Baisse de l’estime de soi
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Isolement / difficultés relationnelles
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Comportements oppositionnels
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Désengagement ou surinvestissement scolaire
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Flashbacks / pensées intrusives
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Premiers comportements à risque
15-18 ans
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Inquiétude pour le parent victime
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Reproduction de comportements violents
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Difficultés relationnelles / dépendance affective
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Mise en danger (alcool, drogues, conduites à risque)
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Violences envers soi ou autrui
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Symptômes dépressifs / idées suicidaires
Des signes à interpréter avec vigilance.
Les signes ne sont ni systématiques ni spécifiques : il n’existe pas de profil type, et certaines situations peuvent rester invisibles. Chaque situation doit être appréciée au cas par cas, sans minimiser ni disqualifier la parole de l’enfant.
Liens d'attachement
Les impacts sur les liens d'attachement
L’exposition aux violences au sein du couple perturbe les liens d’attachement entre l’enfant et ses figures parentales. Dans ce contexte insécurisant, l’enfant développe des liens “modifiés”, en adaptation à l’instabilité et à la menace environnantes.
Ces adaptations se traduisent par des comportements spécifiques, révélateurs de difficultés affectives et relationnelles.
Pour mieux les comprendre, il est utile de s’appuyer sur les différents types d’attachement théorisés par John Bowlby.

L’attachement sécurisant
L’enfant perçoit le parent comme disponible et capable de le protéger.
Cette forme d’attachement se caractérise par un juste équilibre du développement entre l’exploration et la recherche de
la proximité d’un parent lorsque l’enfant perçoit un danger ou une menace.
La recherche indique que ces enfants montrent des émotions et une qualité d’interactions sociales plus positives que leurs pairs.
L’attachement insécure-préoccupé (ambivalent)
L’enfant doute quant à la capacité du parent à répondre à ses besoins.
Il souffre d’angoisses de séparation et rencontre des difficultés dans le processus d’autonomisation.
Selon la recherche, ces enfants sont plus dépendant·es émotionnellement des adultes et plus renfermé·es vis-à-vis
de leurs pairs.
L’attachement insécure-évitant
L’enfant ne perçoit pas l’adulte comme capable de répondre à ses besoins.
Il s’isole émotionnellement et n’at-
tend pas d’avoir le soutien d’autrui.
Les études constatent chez ces enfants des difficultés à suivre les règles, plus d’agressivité et de comportements confrontationnels - en particulier avec leurs mères.
L'attachement désorganisé
L’attachement désorganisé est présent chez
80% des enfants maltraités.
Il se développe quand les parents ne peuvent pas soulager la douleur, l’anxiété ou l’inconfort de l’enfant, voire sont à l’origine de cette souffrance.
Dans ce cadre, les enfants développent des méthodes pathologiques d’auto-régulation de leur propre détresse et
cherchent à co-réguler les états affectifs des parents.
Vous souhaitez approfondir le sujet ?
Les violences au sein du couple et leurs impacts sur la parentalité et les enfants soulèvent de nombreuses questions pour les professionnel·les.
Les équipes du réseau CIDFF peuvent vous accompagner pour mieux comprendre ces situations, échanger sur vos pratiques professionnelles ou vous orienter vers les ressources adaptées.
Étapes clés
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Face aux situations de violences au sein du couple, l’action des professionnel·les repose sur trois étapes complémentaires : comprendre les mécanismes, repérer les situations et orienter les personnes concernées.


