Comprendre les mécanismes des violences au sein du couple
Les violences au sein du couple ne relèvent pas de simples conflits entre partenaires. Elles s’inscrivent dans un système de domination et de contrôle coercitif qui affecte les victimes mais aussi les enfants.
Comprendre ces mécanismes permet aux professionnel·les de mieux identifier les situations et d’adapter leur accompagnement.

Préambule
La distinction entre violences et conflit
Les violences conjugales ne doivent pas être confondues avec les conflits de couple : ces derniers impliquent des désaccords où chacun peut s’exprimer et négocier. À l’inverse, les violences reposent sur un déséquilibre de pouvoir, sans possibilité de négociation, avec des actes imposés de manière unilatérale.
CONFLIT
VIOLENCES
Rapports égalitaires
Rapport de domination
Négociation possible / Recherche de solutions
Autorité
Relation démocratique
Relation totalitaire
Avoir raison sur le sujet
Avoir le pouvoir sur l'autre
Persistance ponctuelle
Persistance cyclique
Sans volonté de dominer l'autre
But destructeur
Respect des opinions de l'autre
Non-respect de l'intégrité de l'autre
Liberté de s'exprimer sans peur
Peur, honte, culpabilité
Possibilité de faire valoir son avis en tant que "JE" : chacun·e est sujet de la décision
Pas de possibilité d'exister en tant que "JE" : une personne devient l'objet de l'autre
SITUATION PONCTUELLE :
crises, disputes dans qu'une personne n'en soit l'instigatrice principale
SITUATION CHRONIQUE :
climat d'insécurité et tension permanente imposée par une seule et même personne
Réciprocité, échanges
Installation d'une relation d'emprise
Reconnaître
Les différentes formes de violences

Violences psychologiques
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Menaces (dont avec une arme)
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Contrôle
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Silence, ignorance
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Dévalorisation, rabaissement
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Culpabilisation
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Exigences excessives
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Privation d'affection

Violences verbales
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Cris
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Insultes
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Dénigrements

Violences physiques
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Etrangler
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Frapper, gifler
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Empêcher l'accès aux besoins primaires
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Secouer
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Bousculer
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Casser un objet

Violences sexuelles
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Viol et tentative de viol
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Pratiques non consenties
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Prostitution
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Agressions sexuelles
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Harcèlement sexuel
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Exhibitionnisme

Violences économiques
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Vol d'argent
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Interdiction ou limitation des ressources financières
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Contrôle de l'argent et/ou des moyens de paiement
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Endettement forcé

Violences administratives
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Limitation ou interdiction d’accès aux documents administratifs
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Accès / contrôle des correspondances
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Chantage lié à l’aide administrative
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Privation de la clé de la boîte aux lettres

Cyberviolences
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Harcèlement en ligne
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Usage d’application de contrôle de la vie privée : mise-sur-écoute, contrôle à distance des trajets...
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Diffusion de contenus intimes sans le consentement
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Contrôle des réseaux sociaux, des fréquentations sociales, des boîtes mails...

Violences spécifiques
Toutes les violences liées à l’identité et les caractéristiques spécifiques de la personnes comme par exemple :
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La xénophobie
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Le validisme
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Les queerphobies
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Les violences spirituelles et culturelles.
Ces formes de violences s’entremêlent souvent et participent à l’installation d’un climat d’emprise durable.
Le contrôle coercitif
Le contrôle coercitif : un système de domination
Les violences au sein du couple ne se limitent pas à des actes isolés. Elles s’inscrivent souvent dans un système de domination appelé contrôle coercitif.
Dans la littérature scientifique, le contrôle coercitif est défini comme une « conduite calculée et malveillante déployée presque exclusivement par [des] hommes pour dominer [des] femme[s] en entremêlant des violences physiques répétées avec [des]
tactiques de contrôle tout aussi importantes ».*
Concrètement, il s’agit d’une stratégie mise en place par la personne agresseuse pour exercer un pouvoir durable sur sa partenaire et, par extension, sur les enfants. Elle combine différentes formes de violences avec des mécanismes de contrôle qui limitent l’autonomie et imposent une forme d’obéissance.
Ce système s’installe progressivement dans le quotidien et repose sur l’isolement, la surveillance, les menaces ou l’imprévisibilité des comportements. L’ensemble de ces mécanismes maintient la victime et les enfants dans un état de peur et de dépendance.
*STARK. E, Coercitive control. The Entrapment of women in personal life, Oxford-New York : Oxford University press, 2007, p.5

Comment se manifeste le contrôle coercitif ?
Les règles imposées par l’agresseur peuvent être changeantes et contradictoires.
Cette instabilité maintient la victime dans un état d’alerte permanent.
Privation de droits et de ressources
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Droit à la sécurité, à la liberté, à la vie
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Accès à des ressources matérielles, financières, sociales (entourage), intellectuelles, reproductives, etc.
Surveillance et micro-régulation du quotidien
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Règles générales
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Règles spécifiques
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Règles implicites
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Règles qui sont découvertes seulement après avoir été enfreintes
Contrôle et manifestations de violence
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Isolement
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Usage de la force / menaces
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Humiliation
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Intimidation
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Harcèlement
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Violence économique
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Violence psychologique
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Violence physique
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Violence sexuelle
Le contrôle coercitif touche impacte directement les enfants : grandir dans ce climat de domination et d’insécurité fragilise leur développement et leurs liens d’attachement.
Le cycle de la violence
Le cycle de la violence
Les violences au sein du couple ne se produisent pas de manière totalement imprévisible. Elles s’inscrivent souvent dans un cycle répétitif qui permet à l’agresseur de maintenir son emprise sur la victime.
Ce cycle a été identifié par la psychologue Léonore Walker et comporte quatre phases qui se succèdent et se répètent dans de nombreuses situations de violences conjugales.
La compréhension de ce cycle permet de mieux appréhender les stratégies de l’auteur et ressentis potentiels des victimes pour adapter l’accompagnement des victimes.

Les quatre phases du cycle de la violence
Les violences au sein du couple s’inscrivent dans un cycle répétitif, conceptualisé par la psychologue Léonore Walker, qui permet à l’agresseur de maintenir son emprise dans le temps. Comprendre ce cycle, ses phases et ses effets est essentiel pour mieux repérer les situations et adapter l’accompagnement des victimes et de leurs enfants.
Phase 1 : Climat de tension
L’agresseur installe progressivement un climat de tension par ses paroles, ses attitudes ou ses critiques. La victime ressent de l’inquiétude ou de la peur et tente souvent d’apaiser la situation en adaptant son comportement.
Phase 2 : Passage à l’acte
La violence éclate. Elle peut être psychologique, verbale, physique, sexuelle ou économique. La victime peut ressentir de la peur, de la tristesse ou un profond sentiment d’impuissance.
Phase 3 : Justification et transfert de responsabilité
Après la violence, l’agresseur minimise les faits ou rejette la responsabilité sur la victime. Celle-ci peut se sentir coupable et penser que si elle change son comportement, la violence cessera.
Phase 4 : Accalmie ou
« lune de miel »
L’agresseur exprime des regrets, promet de ne plus recommencer et peut adopter un comportement attentionné. Cette phase peut redonner de l’espoir à la victime et contribuer au maintien de la relation.
Un cycle qui se répète et s'intensifie.
Avec le temps, le cycle ne fait que se répéter, les phases se raccourcissent et les violences s’aggravent. Comprendre ce mécanisme est essentiel pour adapter l’accompagnement.
Impacts sur les enfants
Violences au sein du couple : quels impacts sur les enfants ?
Les enfants exposés aux violences au sein du couple sont aujourd’hui reconnus comme des victimes à part entière.
Les enfants sont toujours au courant de la violence exercée dans le couple : 80 % voient ou entendent les scènes, et tous sont exposés au climat de peur et d’insécurité qui les accompagne. Même sans violences physiques directes, cette exposition constitue une forme de violence psychologique.
Grandir dans un tel environnement fragilise profondément les repères de l’enfant. Ses besoins fondamentaux de sécurité et de stabilité sont atteints, avec des conséquences possibles sur sa santé, ses émotions, ses relations et sa construction personnelle.
Par ailleurs, cette exposition s’accompagne fréquemment de violences directes : une part importante des enfants subissent également des violences psychologiques, et parfois physiques, de la part du parent auteur.

Les enfants exposés aux violences sont aussi des victimes
Cette exposition peut prendre différentes formes dans leur quotidien :
Être témoin des violences
Voir ou entendre les cris ou agressions entre les parents.
Ressentir les violences
Percevoir la peur, les tensions, la tristesse et la colère au sein du foyer.
Vivre dans un climat d’insécurité
Grandir dans un environnement imprévisible et instable.
Conséquences possibles sur le développement de l’enfant
Cette exposition peut prendre différentes formes dans leur quotidien :
Conséquences émotionnelles
Les enfants peuvent développer :
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peur et anxiété
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tristesse ou sentiment d’insécurité
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difficultés à exprimer leurs émotions
Conséquences comportementales
L’exposition aux violences peut entraîner :
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agressivité ou colère
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repli sur soi
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difficultés scolaires ou de concentration
Conséquences relationnelles
Les enfants peuvent rencontrer :
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des difficultés à faire confiance aux autres
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des troubles dans les relations sociales
-
des difficultés à construire des relations affectives sécurisantes
Des conséquences pour toute la vie.
Les violences au sein du couple fragilisent les repères affectifs de l’enfant : pris dans des loyautés conflictuelles et confronté à l’instabilité parentale, son sentiment de sécurité est altéré, ce qui impacte durablement son développement et ses relations.
Impacts sur la Parentalité
Violences au sein du couple : impacts sur la parentalité
80 % des femmes victimes de violences au sein du couple sont des mères. (Recherche-action Violences et Parentalité, FR-CIDFF Hauts-de-France / Laisse Ton Empreinte, 2025). Mieux comprendre les impacts des violences sur la parentalité, c'est mieux accompagner.
Les violences influencent profondément l'exercice de la parentalité : les décisions, les capacités d'action, la relation avec les enfants.
Avant la séparation, le parent victime est souvent dans une logique de survie. La souffrance et l'insécurité permanentes réduisent sa disponibilité psychique, ce qui peut limiter sa capacité à se protéger, à protéger ses enfants, et parfois même à répondre pleinement à leurs besoins. À cela s'ajoute une dévalorisation constante exercée par le conjoint ou la conjointe violent·e : en tant que femme, en tant que mère, empêchée dans ses choix éducatifs.

Les freins au départ
Le départ ne survient jamais de manière immédiate. Même lorsqu'un déclencheur existe, une prise de conscience, une parole d'un·e proche ou d'un·e professionnel·le, de nombreux freins retiennent le parent victime. Les comprendre, c'est mieux accompagner sans jugement.
La peur de perdre ses enfants
La peur de perdre ses enfants
Les signalements ou informations préoccupantes, même effectués pour protéger, sont souvent vécus comme une nouvelle forme de violence. La peur de ne pas obtenir la garde peut rendre tout projet de départ inconcevable.
La privation du père
Certaines mères redoutent de priver leurs enfants de leur père et craignent que la séparation leur soit néfaste. Ce sentiment peut les pousser à un oubli total d'elles-mêmes pour maintenir la cellule familiale.
Un déclassement social
La peur d'une perte de revenus ou de niveau de vie, pour elles mais surtout pour leurs enfants, constitue un frein réel. S'y ajoute la peur du regard des autres et le sentiment de faire de ses enfants des enfants "à part".
Gérer seule
Ne pas se sentir capable d'assumer seule l'éducation des enfants peut freiner le départ, d'autant plus que la dévalorisation fait partie du système de contrôle coercitif mis en place par le parent auteur.
La réaction de l'auteur
La crainte des représailles ou d'une escalade des violences en cas de départ est un frein majeur, ancré dans une réalité de danger souvent sous-estimée.
Après la séparation : une parentalité encore marquée par les violences
Quitter la relation ne suffit pas à retrouver sa place de parent. Trois difficultés reviennent fréquemment chez les mères victimes après la séparation.
Une surprotection
Après une période de grande instabilité, la relation à l'enfant peut devenir le seul repère stable, entraînant parfois surprotection ou fusion.
Une autorité parentale malmenée
Poser des limites en tant que parent peut sembler impossible, par crainte de reproduire le comportement du parent violent. La culpabilité et l'épuisement rendent cet exercice encore plus difficile.
Le besoin d'être secondée
L'entourage joue un rôle essentiel, mais reste souvent insuffisant. Un accompagnement par des professionnel·les formé·es aide à retrouver confiance et à réparer le lien avec ses enfants.
Être là au bon moment, avec les bons mots : parfois, c'est tout ce qu'il faut pour qu'une mère commence à se reconstruire.
Vous souhaitez approfondir le sujet ?
Les violences au sein du couple et leurs impacts sur la parentalité et les enfants soulèvent de nombreuses questions pour les professionnel·les.
Pour approfondir ces enjeux, vous pouvez consulter la recherche-action dédiée à cette thématique.
Les équipes du réseau CIDFF restent également à votre écoute pour échanger sur vos pratiques, vous accompagner et vous orienter vers les ressources adaptées.
Étapes clés
Vous pouvez aussi lire :
Face aux situations de violences au sein du couple, l’action des professionnel·les repose sur trois étapes complémentaires : comprendre les mécanismes, repérer les situations et orienter les personnes concernées.

